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N° 59 - 2018 Consulter un
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Liberté, je tweete ton nom...

Thierry Oppikofer

Au cours d’un récent séminaire bancaire consacré aux nouvelles technologies et plus particulièrement à la smart city, ville intelligente censée faciliter la vie de ses habitants, le responsable du département ad hoc de l’opérateur téléphonique Swisscom a présenté, non sans fierté, une expérience réalisée à Fribourg. Résumons-en le principe: angoissées - comme toutes leurs homologues de grandes ou de petites villes - par la congestion du trafic automobile dans leur cité, les autorités municipales fribourgeoises souhaitaient connaître la répartition des automobilistes en fonction de leur utilisation de la chaussée. S’agissait-il de véhicules en transit, de visiteurs entamant un séjour, de livreurs ou représentants de commerce? Qui, parmi ces conducteurs et passagers, restait en ville, et dans quel quartier? Qui, à l’inverse, ne faisait que passer?
L’homme de Swisscom nous expliqua que grâce au grand nombre de smartphones utilisés par ses abonnés et aux divers relais électroniques faisant de Fribourg une smart city, il avait été possible, en un temps record, de dresser un tableau précis des proportions d’automobiles rejoignant tel ou tel secteur, traversant en direction de telle ou telle autre cité (smart ou non). Interrogé - quand même! - sur le fait que les utilisateurs de téléphones portables n’avaient sans doute pas donné leur consentement individuel à cet «espionnage» pour la bonne cause, le cadre dynamique a esquivé en arguant du respect scrupuleux de l’anonymat des données. En somme, sans que vous le sachiez, votre gadget à écran - ou la carte SIM et le GPS de votre auto - vous localisent durant 45 minutes devant chez Mme Tripet à Granges-Paccot, mais rassurez-vous, cela reste anonyme!
L’évolution extraordinaire des technologies numériques, les objets connectés, les voitures autonomes, l’intelligence artificielle portent l’espoir d’une vie meilleure pour l’humanité. Mais comme l’ont fort bien dit MM. Musk, Gates et consorts, il convient de conserver le contrôle humain et démocratique sur ces robots et ces logiciels qui vous accompagnent et transforment votre vie, pas seulement votre ville. La voiture qui «lit» les panneaux routiers peut aussi transmettre toute infraction à un central de police; la borne de stationnement «intelligente» vous taxe dès la première seconde de dépassement d’horaire (fini, le contractuel faillible carburant au pastis)... On aimerait que tous partis confondus, nos élus prennent la mesure du danger que certaines dérives déjà entamées comportent pour les libertés individuelles. Afin que la révolution numérique reste smart et cool.