fr | en

N° 59 - 2018 Consulter un
autre numéro

voir l'article en PDF

«« Retour

Virginie Basselot

«Je ne veux pas qu’on réfléchisse devant mes assiettes» Un an après son arrivée aux cuisines de l’hôtel La Réserve, Virginie Basselot a été nommée Cuisinière de l’année 2018 par le Gault & Mill

Virginie Basselot

Elle voulait être pilote de chasse, elle est devenue chef. Et quel chef! Alors qu’elle n’a même pas 40 ans, le travail de cette surdouée des fourneaux a été récompensé par le titre de Cuisinière de l’année 2018. «J’étais très heureuse, dit-elle, fière et surprise à la fois. C’est en tout cas une jolie récompense pour fêter le premier anniversaire de mon arrivée en Suisse et une belle reconnaissance pour le travail accompli». Si elle avoue avoir rêvé de ce titre, elle ne pensait pas que «cela arriverait aussi tôt. Tout juste un an après mes débuts à La Réserve».
Adolescente, Virginie Basselot renonce à être pilote de chasse - «les professeurs m’avaient dit que c’était impossible pour une femme» - et se tourne vers la cuisine, un métier qu’elle connaît par son père, qui tenait une auberge à Pont-l’Evêque. Elle n’a que 15 ans et son parcours professionnel sera dès lors jalonné de postes dans les cuisines les plus prestigieuses. Elle passe ainsi au Crillon, avec Dominique Bouchet, puis au Grand Véfour, avec Guy Martin, avant d’occuper la place de sous-chef aux côtés d’Eric Fréchon, à l’hôtel Bristol de Paris. Les récompenses ne tardent pas. Nommée chef au Saint-James à Paris en 2012, elle obtient, deux ans plus tard, une première étoile au Guide Michelin et elle reçoit dans la foulée, l’année suivante, le titre de Meilleur Ouvrier de France, ce qui fait d’elle la deuxième femme récompensée depuis la création du concours en 1924.

Il y a un an, Virginie Basselot abandonne Paris pour Genève, séduite par le cadre et l’ambiance de La Réserve. «Tout cela est une histoire de rencontres. J’ai été conquise par la direction de l’hôtel, par une manière de travailler plus jeune et par le lieu. J’apprécie aussi le fait qu’il s’agisse d’une entreprise familiale».

Côté gastronomie, la jeune femme a découvert une ville plus cosmopolite qu’elle ne l’imaginait et des produits régionaux intéressants qui l’ont séduite, par exemple la féra. Sa cuisine, Virginie Basselot la définit comme «classique, directe et simple», avec un faible pour les produits de la mer comme l’illustre bien son plat signature, le cabillaud cuit au plat beurre au citron mélisse et servi sur un lit de perles du Japon. Dernièrement, elle a commencé à s’intéresser de plus en plus aux légumes - «il y a quelque chose à faire en restant dans le végétal» - aux céréales et aux légumineuses, longtemps oubliées.
La suite de sa carrière, Virginie Basselot l’envisage avec sérénité. «Cette reconnaissance n’est pas stressante et ne me donne pas de pression supplémentaire. Au contraire, elle est rassurante, gratifiante et surtout motivante, aussi bien pour moi que pour mes équipes». Et d’ajouter que «les yeux qui pétillent d’un client heureux valent toutes les distinctions!»

Odile Habel