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N° 57 - 2017-2018 Consulter un
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Philippe Auer

La tradition gourmande genevoise

De tout temps, des savoir-faire ont su dépasser les âges, les tendances et les frontières car, pétris du talent unique et inégalé de leur créateur, ils se sont imposés comme emblématiques et incontournables. Dans la cité de C

Philippe Auer

La seule évocation du mot «chocolaterie» à Genève fait inévitablement penser à la maison Auer. Installée au 4, rue de Rive depuis 1939 (par Henri Auer représentant la 3e génération), cette institution, aussi discrète que sereine, demeure une valeur sûre pour quiconque cherche à faire plaisir ou à se faire plaisir. Ses amandes princesse en sont les ambassadrices, tant le bonheur qu’elles procurent met en émoi les papilles des gourmets.
Philippe Auer, représentant la cinquième génération de chocolatiers de la famille Auer, entend bien protéger son travail et celui de ses ancêtres en maintenant de façon immuable la qualité des produits qu’il propose. Il aurait pu tomber dans le piège des diktats marketing, surfant sur les modes, omettant les valeurs fondatrices de la marque familiale, délaissant le bon au bénéfice du rentable, multipliant les activités en s’éparpillant dans des activités connexes mais finalement bien éloignées de sa passion première. A l’heure où de plus en plus d’enseignes démultiplient leurs gammes, la maison Auer demeure fidèle à ce qui l’a rendue célèbre: ses chocolats.

Transmission
Philippe Auer est actuellement le gardien du savoir-faire de ses aïeux et souhaite transmettre en héritage à ses enfants les ingrédients du succès familial. Conscient qu’il n’est que le relais entre plusieurs générations, il souhaite avant tout restituer fidèlement ce qu’il a appris, et ce sans dénaturer les recettes qui font de la maison Auer un monument vivant de la chocolaterie genevoise.
Discipline, rigueur, simplicité, telles sont, pour ce quadragénaire sympathique, lucide et passionné, les clefs de la pérennité. «Pour ma part, je pense que la plus grande difficulté de notre métier reste la continuité. Maintenir toujours le même degré d’exigence et de qualité de nos produits est une priorité absolue», confie le chocolatier. «Les deux grands domaines sur lesquels je continuerai de miser sont les produits et le service», rajoute-t-il. «Nous vendons des morceaux de plaisir; dès lors, le sourire de nos équipes et la perfection de nos chocolats sont les seuls déterminants de notre activité».
L’ambition de la maison Auer n’a jamais été de jouer les avant-gardistes; pourtant, à y regarder de plus près, l’entreprise s’inscrit parfaitement dans l’actualité. A l’heure où la mode est au retour vers les fondamentaux, le classicisme, le local et la tradition, la chocolaterie Auer pourrait s’ériger en totem de modernisme. La «Revue genevoise» a récemment intégré le Patrimoine culturel immatériel de la Confédération, distinction accordée par l’Office fédéral de la culture. Un jour peut-être, les amandes princesse de la maison Auer ou ses fameux pavés accéderont à ce Graal. La définition de l’Unesco ne stipule-t-elle pas: «On entend par patrimoine culturel immatériel (…) le savoir-faire (…) que les individus reconnaissent comme faisant partie de leur patrimoine culturel. Ce patrimoine culturel immatériel, transmis de génération en génération, est recréé en permanence par les communautés (…) et leur procure un sentiment d’identité et de continuité»?
En attendant, une chose est sûre: cet hiver à nouveau, les chocolats Auer viendront émerveiller les Genevois.

Maximilien Bonnardot