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N° 59 - 2018 Consulter un
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CONCOURS D’ELEGANCE SUISSE 2018

De belles rutilantes à Coppet

Même si, au XVIIe siècle, des défilés permettaient déjà à la noblesse parisienne de mettre en valeur leurs plus beaux équipages et leurs plus beaux carrosses, le concept du concours d’élégance est né au début du

La France disposait alors de deux savoir-faire uniques: la carrosserie automobile et la haute-couture. C’était l’occasion pour les grands carrossiers de présenter leurs plus belles créations accompagnées de mannequins portant les dernières tenues à la mode des maisons de couture.

Lorsque le concept est adopté par les Etats-Unis dans les années 1950, avec le Concours d’Elégance de Pebble Beach au Sud de San Francisco, les projecteurs commencent à s’attarder davantage sur les carrosseries anciennes que sur les nouveaux modèles et la haute-couture est moins représentée, même si les tenues élégantes et soignées sont de mise, pour les concurrents comme pour le public. L’Europe reprendra cette adaptation du concept et aujourd’hui, même si souvent des concept cars peuvent être présentées, les voitures anciennes sont le point de mire principal. La renaissance ces dernières années des concours d’élégance permet de sauvegarder et restaurer des voitures d’avant-guerre et contribue très fortement à la préservation du patrimoine automobile. Le plus ancien concours encore en activité – même s’il connut une interruption de près de 40 ans pour renaître en 1995 - est celui qui se tient au mois de mai dans le cadre exceptionnel de la Villa d’Este, sur le Lac de Côme. Il fêtera l’année prochaine ses 90 ans.

Origine genevoise
Plus près de nous, le Concours d’élégance suisse a fait renaître il y a trois ans une tradition genevoise de 90 ans, tombée en désuétude en 1955. C’est dans le merveilleux environnement du Château de Coppet qu’a lieu cet événement, au mois de juin dernier. Pour cette troisième édition – ou peut-on dire la 32e édition depuis la naissance du concours au parc des Bastions à Genève en 1927 (auquel cas il serait même plus ancien que celui de la Villa d’Este) ? -, le soleil était au rendez-vous pendant tout le week-end et fit briller les somptueuses carrosseries exposées dans ce musée en plein air, pour le bonheur de quelque 3200 visiteurs.
La philosophie du concours helvétique est de mettre en valeur et de préserver le patrimoine automobile suisse en exposant des automobiles présentées au Salon de l’Automobile de Genève, vendues neuves en Suisse, ou appartenant depuis de nombreuses années à la même famille en Suisse. De plus, les organisateurs cherchent à privilégier l’état d’origine ou l’authenticité de l’automobile. Un jury de 28 membres de 10 pays différents, présidé par Adolfo Orsi (membre du jury du Concours d’élégance de la Villa d’Este), était là pour s’en assurer avec passion, sérieux et professionnalisme. Vingt-sept marques étaient représentées, avec 87 véhicules (dont 69 appartenant à des collectionneurs suisses) datant de 1926 à 1984, pour une valeur totale estimée à environ 140 millions de francs. La doyenne, une Hispano-Suiza H6B Dual Cowl Twin-cockpit Open Tourer de 1926, était tout simplement époustouflante.

Deux fringantes sexagénaires
Cette édition du concours fêtait les 60 ans de deux automobiles exceptionnelles présentées la même année: l’Aston Martin DB4, avec pas moins de six exemplaires, et la Ferrari 250 GT Coupé Pinin Farina, avec quatre exemplaires. Pour les amateurs de Bugatti, quatre véhicules étaient exposés, dont 2 Type 57 S Atalante, vision exceptionnelle pour un modèle aussi rare et précieux. L’une d’entre elles provenait du Musée national de l’automobile (Collection Schlumpf) de Mulhouse, mais avait appartenu pendant de nombreuses années à un collectionneur suisse de Cortaillod/NE.
Autre voiture remarquable, la première Jaguar Type E jamais présentée au public, ce qui avait eu lieu au Restaurant du Parc des Eaux Vives, la veille du Salon de Genève de 1961. Cette voiture à l’histoire exceptionnelle, entièrement restaurée en Suisse en respectant même les imperfections liées à son statut de véhicule de pré-production à l’époque, impressionna comme au premier jour.
Une classe du concours était dédiée aux carrossiers suisses, et la carrosserie Graber, qui opérait à Witracht, dans le canton de Berne, de 1927 à 1970, était représentée par cinq véhicules (deux Alvis, une Bugatti T57 exposée au Salon de Genève 1937, une Mercedes-Benz 500K de 1934, restée dans la même famille depuis plus de 60 ans, et une Alfa Romeo 6C 2300 BMM). C’est cette magnifique Alfa Romeo, appartenant à un collectionneur allemand, qui gagna la très convoitée récompense de «Best of Show 2018». A noter la présence lors de la remise des prix de Valentino Balboni, qui fut pendant 40 ans le chief test driver de l’usine Lamborghini et qui, au cours de sa carrière, a testé 80% des véhicules avant livraison!
L’édition 2019 de ce magnifique événement aura lieu du 21 au 23 juin. Un rendez-vous à ne pas manquer.

Georges Kiener
BARNES Swiss Licensing, partenaire du Concours d’élégance suisse