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N° 61 - 2019 Consulter un
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Chopard

Luxe éclatant et éclairé

Chopard. Sept lettres, 158 ans d’existence, près de 2000 employés, des millions de symboles et une famille à la tête d’une des marques les plus prestigieuses du monde.

Caroline Scheufele et son frère Karl-Friedrich

Une marque puissante, associée à des événements de classe mondiale tels que le Festival de Cannes ou le Grand Prix de Monaco. Une marque sincère dans ses choix et porteuse de valeurs. Une marque qui condense, en ses sept lettres, excellence et savoir-faire, invitant au voyage, comme sait si bien le faire le cinéma, que l’on nomme étonnamment septième art. Innocente coïncidence de chiffres, mais histoire réelle ou aucune hasardise n’a eu sa place. Horlogerie, joaillerie, gemmologie, autant de sciences où seule la précision est maîtresse et qui, quand elles sont assemblées, hypnotisent. Généreuse et envoûtante, la maison Chopard nous a ouvert ses portes. Un moment suspendu dans le jardin de cette muse, experte du garde-temps.

Innovations et partenariats d’exception
Fondée en 1860 par Louis-Ulysse Chopard, dont les initiales font aujourd’hui tourner la tête aux passionnés de complications horlogères, la manufacture suisse fut reprise en 1963 par la famille Scheufele. Après avoir ajouté le segment joaillier à la production horlogère de la marque dans les années soixante, le coup d’éclat qui propulsera dès lors Chopard au rang d’icône sera le lancement de la montre Happy Diamonds en 1976. L’innovation de ce garde-temps, simple mais étonnament moderne pour l’époque, permet alors de faire glisser et tourbillonner des diamants entre deux glaces saphir, au-dessus du cadran de la montre. Suivront des dizaines d’innovations telles que la montre Saint-Moritz en acier pour faire face à toutes les conditions météorologiques, le Happy Clown, un pendentif articulé qui ouvrira à Chopard les portes du design, ou encore la collection Ice Cube, qui jouera sur les formes géométriques. Non contente de proposer des montres et des bijoux intelligents, la famille Scheufele parviendra à hisser Chopard au firmament grâce à des partenariats exceptionnels. Dès 1988, Karl-Friedrich, actuel coprésident, entamera une collaboration avec la légendaire course automobile Mille Miglia, puis ce passionné d’automobiles fera participer Chopard au Grand Prix de Monaco historique. Plus récemment, en 2014, Chopard associera sa rigueur et sa précision à Porsche, lors du Championnat du monde d’endurance FIA aux côtés du bolide de la firme de Stuttgart. Si Chopard est Chopard, c’est aussi parce qu’elle est coprésidée.
En effet, ce sont des binômes qui sont à la tête de la maison depuis plus de 50 ans. Tout d’abord, le couple Scheufele, emmené par Karl III et son épouse Karin, puis ce seront leurs enfants, Karl-Friedrich et Caroline Scheufele, qui continueront d’écrire les pages de cette histoire familiale, main dans la main. Aujourd’hui encore, les deux binômes cohabitent ensemble sous le toit de la manufacture, et nous ouvrent, pour quelques heures, les portes de leur maison.

De la Palme d’or à la certification
Fairmined
On entre dans la manufacture meyrinnoise avec des croyances qui tombent une à une au fil des pas qui conduisent dans les coulisses de la maison Chopard. Sobre, épuré, efficace, le cœur de la manufacture est en réalité bien plus simple que ce que les chimères du luxe peuvent laisser présager. La notion de pénétrer dans une maison de luxe dessine le mirage dans lequel des moquettes soyeuses côtoient des présentoirs chargés d’or et de pierres précieuses, ou des tableaux somptueux échangent des regards avec les plus belles parures du monde et où les complications horlogères chuchotent avec leurs envoûtants voisins lingots d’or. Mais il n’en est rien chez Chopard. Les locaux sont là pour permettre aux artisans de travailler dans le respect humble que la maison a à l’égard de son passé. Beaucoup de blanc illumine ainsi des machines sombres et travailleuses qui, au fil de la journée, charrient sans le savoir le légendaire métal jaune. Cet or, si cher et si précieux, est fondu sobrement en interne par quelques ouvriers précis et souriants, qui traitent le matériau avec noblesse et expertise. Ce traitement précis fait partie d’un processus global, cher à la maison Chopard, qui souhaite maîtriser sa production du produit brut au produit fini. La fonderie, créée en 1978, a ainsi pour but de répondre à la volonté de développer une production verticale, en ce que la marque souhaite accomplir en interne tous les actes nécessaires à la production de ses montres. Les techniques possédées, et un ADN gonflé en expertise et moyens humains, la maison Chopard a voulu pousser sa réflexion jusqu’à la source. Aussi, depuis plusieurs années, la marque a fait sortir de ses murs ses valeurs et se bat dès lors pour l’utilisation d’or éthique.
C’est à Bâle, le 22 mars 2018, que Chopard a révélé lors du Baselworld, qu’elle n’utiliserait que de l’or éthique pour ses créations joallières et horlogères à compter de Juillet 2018, le définissant comme «de l’or acquis auprès de fournisseurs responsables, répondant aux meilleurs standards environnementaux et sociaux internationaux»

Luxe vert
Rejoignant en 2017 la Swiss Better Gold Association, Chopard souhaite accroître sa contribution aux initiatives d’amélioration de la condition des mineurs. Depuis juillet 2018, l’intégralité de l’or utilisé par Chopard provient de l’un des deux itinéraires traçables: l’or artisanal, directement extrait par des artisans rattachés à la SBGA et aux programmes Fairmined et Fairtrade (labels de certification garantissant la provenance de l’or et respectant des engagements environnementaux, sociétaux et humains), ou l’or de la RJC (Responsible jewellery council) Chain of custody, à travers le partenariat de Chopard avec des raffineries certifiées. Ce travail colossal fut fastidieux, tant il y a d’intermédiaires et tant les problématiques environnementales ne touchent pas toutes les régions du monde avec les mêmes enjeux et les mêmes appréhensions du sujet. Pour Caroline Scheufele: «Le vrai luxe est de pouvoir connaître l’empreinte réelle dans notre chaîne d’approvisionnement», et d’ajouter: «Je suis très heureuse de pouvoir partager avec nos clients l’histoire de chaque pièce, et je sais qu’ils porteront nos créations avec fierté».
Pour celle qui a redessiné la Palme d’or en 1998, le développement durable est consubstantiel de la maison Chopard: «En tant que maison familiale, la responsabilité et l’éthique ont toujours été partie intégrante de notre philosophie. Naturellement, le développement durable a dès l’origine participé des valeurs de Chopard».
Puis vint le temps pour nous de quitter la manufacture Chopard, et de refermer la porte de cette grande maison, simple et porteuse d’espoir. L’espoir que ce XXIe siècle évolue en prenant conscience de ce qu’il fait et de ce qu’il cause. L’espoir que si des marques aussi puissantes s’emparent de sujets aussi sensibles, c’est que la conscience collective commence enfin à comprendre les enjeux auxquels nous avons à faire face. L’espoir que le beau ne soit pas aussi superficiel qu’on nous l’a dit et surtout l’espoir que faire briller peut aussi permettre de faire respirer.

Maximilien Bonnardot