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N° 62 - 2019 Consult a
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Aquatis, aquarium-vivarium

Beau et intelligent

C’est le plus grand aquarium-vivarium d’eau douce d’Europe. Sa construction fut le défi de tous les superlatifs et a nécessité le savoir-faire d’une myriade d’experts internationaux.

Cinq biozones, douze milieux naturels et des scénographies époustouflantes immergent les visiteurs dans différentes latitudes, avec pour objectif la mise en valeur des espèces vivantes. Un leitmotiv simple: faire prendre conscience que l’eau douce est un milieu à préserver coûte que coûte et que nos actions ont une incidence sur cet environnement fragile, dont dépend notre survie. Visite privée de ce totem environnemental en passe de devenir l’une des mascottes suisses incontournables de l’écologie.

Bâti en 2014 sur ce qui n’était à l’époque qu’un P+R en béton, le Centre Aquatis a ouvert ses portes en 2017. Propriété des sociétés Grisoni Zaugg et Boas Groupe, l’éco-pôle Lausannois est le fruit d’un projet de dix-sept ans. Erigé sur une plate-forme globale de 14 000 mètres carrés, le Centre se compose d’un hôtel de 143 chambres, d’un centre de conférence de 300 places, d’un immense mall qui assure la liaison entre l’hôtel et l’aquarium, et d’un espace Aquarium-vivarium de 3500 m2. De l’extérieur, l’édifice étonne et fascine par son architecture. Le dôme central a été développé par un ingénieur en mécanique et revêt sur sa façade pas moins de 99 000 pastilles amovibles en aluminium, qui oscillent au gré du vent, telles les écailles d’un poisson.
Imaginé par Frédéric Pitaval, responsable de l’aquariologie du Centre et moteur visionnaire de ce projet, Aquatis ne se veut pas seulement divertissant, mais espère bien délivrer des messages, comme le souligne Thomas Mettra, chef de projets chez Aquatis et naturophile convaincu: «Le projet Aquatis repose sur 4 piliers principaux. Tout d’abord un pilier scientifique, en ce que le Centre a été validé par un consortium de douze scientifiques internationaux, tous des sommités dans leur domaine, et qui ont approuvé tous les contenus mis à disposition du public. Vient ensuite un pilier pédagogique, permettant à Aquatis de devenir le fer de lance vaudois, voire suisse, de la préservation de l’eau douce, assumant une mission de sensibilisation auprès des générations futures. Un troisième pilier, comportementaliste cette fois, mettra en exergue les conséquences de nos actes et s’illustrera à travers différentes expositions et montrera aux visiteurs le fonctionnement de notre écosystème. Enfin un quatrième volet, la sauvegarde des espèces et leur réinsertion en milieu naturel, vient compléter la liste des objectifs d’Aquatis.

L’eau mène à tout
A l’origine du projet, Aquatis ne devait mettre en avant que l’univers aquatique. Mais en 2016, en plein milieu du chantier, la ville de Lausanne est venue modifier de manière importante les desseins des concepteurs. En effet, le vivarium de Lausanne - l’un des plus importants du monde – s’avérait de plus en plus vétuste. Le préserver et le pérenniser devenait urgent. Il a donc fallu intégrer cette nouvelle donnée au projet, mais il était impossible de modifier les plans, car les travaux avaient déjà démarré. De brainstormings en séances de consultation avec de nombreux experts, le Centre Aquatis est donc devenu un aquarium-vivarium et accueille aujourd’hui plus de 10 000 poissons et près de 100 reptiles et amphibiens, le tout à travers une vingtaine d’écosystèmes différents, reconstitués à un jet de pierre de l’autoroute. Cent millions de francs auront été nécessaire pour arriver à bout de ce projet ambitieux. Il a fallu renforcer le P+R sur lequel était bâti le Centre, construire une cinquantaine d’aquariums, acheminer des poissons du monde entier - qui, pour certains, ont nécessité une mise en quarantaine de près d’un an -, installer des milliers de kilomètres de câbles électriques (représentant six fois le tour de la terre) et tester à plusieurs reprises la solidité des aquariums.
Les chiffres sont impressionnants. Le Centre nécessite deux millions de litres d’eau pour fonctionner, dont
900 000 litres rien que pour le bassin principal érigé sur près de vingt mètres de haut. Trois jours pleins sont nécessaires pour remplir le bassin, à l’aide… d’une borne d’incendie. Construite en acrylique afin d’assurer une solidité maximale et un rendu visuel optimal, la paroi de l’aquarium principal mesure dix-huit centimètres d’épaisseur et a nécessité le savoir-faire de sociétés expertes en la matière. Chaque bassin est indépendant et possède son propre système d’alimentation, notamment des filtres spécifiques qu’il a fallu ensemencer au préalable pour apporter les bonnes bactéries nécessaires à la vie des poissons, le tout contrôlé par un vétérinaire officiel dédié à Aquatis. Construit avec de nombreuses précautions, l’aquarium-vivarium est entretenu au quotidien par une équipe d’une trentaine de personnes, comprenant des soigneurs, des médiateurs scientifiques et autres techniciens, indispensables au bon fonctionnement du lieu. Ouvert il y a maintenant deux ans, Aquatis a atteint ses objectifs en termes de fréquentation en moins d’un an: quelque 380 000 personnes ont poussé ses portes durant cette période.

Scénographie grandiose
L’un des chantiers importants d’Aquatis fut la scénographie du lieu. Véritable béquille à la compréhension des zones du globes visitées, le jeu des lumières, les reproductions géographiques, mais aussi les animations vidéo et les nombreuses tablettes tactiles forment un tout qui plonge les visiteurs dans une expérience éblouissante. L’on démarre la visite par le Cervin, permettant de se remémorer que les Alpes, et la Suisse en particulier, agissent comme le château d’eau de l’Europe. La visite se poursuit au rythme de la géographie naturelle de cette partie du Vieux-Continent, nous faisant ainsi emprunter le Rhône pour arriver jusqu’en Camargue. Au second étage, d’autres parties de notre planète, plus exotiques cette fois, sont représentées, avec pour chacune des espèces rares à l’image de Naga, un dragon de Komodo, qui regarde impassiblement passer les visiteurs, qui auraient tort de le considérer comme un simple lézard: une minute d’inattention a mis en danger une soigneuse voilà quelque mois.
L’espace vivarium permet, quant à lui, une immersion totale dans la forêt amazonienne, en reproduisant fidèlement les conditions climatiques si particulières de cette zone. Y sont entre autres abrités des plantes rares, un banc de 350 piranhas, des grenouilles colorées, mais aussi un couple de sakis à face pâle (des singes originaires de Guyane), nommés Frederick et Nieves, apaisants et attachants. Tout au long du parcours, des explications tantôt sonores et tantôt visuelles sont proposées aux visiteurs et apportent de manière ludique, mais surtout scientifique, des compléments d’information indispensables à la bonne compréhension de cet environnement.
Selon Sara Tocchetti, responsable de la médiation scientifique, le dispositif culturel et scientifique est l’atout fort d’Aquatis. «Un aquarium est toujours beau à voir, mais comprendre les espèces qui y vivent est bien plus intéressant et nous amènent à repenser le monde qui nous entoure. Dès le début du parcours, l’incidence du réchauffement climatique est abordée et chacun peut comprendre à son niveau le mécanisme naturel des cycles de glaciation, tout comme l’impact des activités humaines sur le climat, depuis le début de l’ère industrielle. Evoqués avec le lac du Tchad ou encore via le blanchiment de la barrière de corail, les enjeux climatiques sont induits dans chaque zone d’Aquatis. Véritable tremplin vers un apprentissage d’enjeux cruciaux, le visiteur d’Aquatis se positionne, sans le savoir, en véritable sentinelle et en ressort plus alerte qu’il ne l’était en entrant», conclut la scientifique.
Ecran vivant de notre monde, Aquatis était un pari fou il y a quelques années: réunir, abriter, sauvegarder et montrer des espèces vivantes à un monde qui les avait pour partie oubliées et négligées. Aquatis aquarium-vivarium ne vise pas à imposer une vision, mais simplement à montrer pour faire prendre conscience, suggérer pour permettre de réaliser, évoquer pour inciter à s’interroger, avec pour seul espoir une prise de conscience réelle et une nature sauvegardée.

Maximilien Bonnardot