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N° 63 - 2019 - 2020 Consult a
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Pour préserver la douceur de vivre et l’héritage du temps

L’histoire, la tradition familiale, les souvenirs, la transmission d’un art de vivre et d’une culture…

Dominique Loreau

Pour Dominique Loreau, une Française installée au Japon depuis une quarantaine d’années, c’est à la maison que l’héritage du temps se cultive et se réinvente jour après jour. Adepte de la sobriété et du minimalisme, elle conseille de faire de son intérieur une source de douceur et d’harmonie à l’ancienne.

Elle est tombée amoureuse du Japon où elle s’est installée dans les années 1970. Elle est tombée sous le charme de cette culture japonaise qui recherche avant tout la simplicité et la légèreté, une forme de vérité et d’harmonie. Une culture qui s’inscrit dans la longue durée et entretient un incessant dialogue, ou plutôt une complicité silencieuse et joyeuse, avec le passé. A 60 ans, Dominique Loreau ne regrette pas la France qui l’a vue naître mais se sent de plus en plus japonaise. Son premier livre, paru en 2005, s’appelait «L’art de la simplicité», les suivants (tous chez Flammarion) ont approfondi et décliné ce même thème: «L’art de l’essentiel», «L’art de la délicatesse», «L’art de ralentir».

Le sentiment apaisé de l’existence
Dans son nouveau livre qui vient de paraître, Dominique Loreau garde la même inspiration mais en l’appliquant plus largement au sentiment même de la vie, au sens de la vie. Intitulé «L’héritage du temps, le livre est une sorte de conte philosophique qui interroge l’existence au-delà de sa fragilité et de sa brièveté. «Qu’est-ce qu’une vie réussie?», demandait le philosophe français Luc Ferry, par ailleurs ancien ministre de l’Education nationale en France, dans un ouvrage devenu un best-seller. C’est aussi la question que pose Dominique Loreau et à laquelle elle répond de manière intuitive et sensible: une vie réussie, c’est une vie qui assume pleinement l’héritage du temps. C’est-à-dire la conscience du passé, le goût de la tradition, le sentiment apaisant d’un art de vivre et d’une sagesse venue de loin!
Pour Dominique Loreau, tout commence à la maison! C’est la source de toutes les énergies, des émotions, des sensations, des pensées douces et positives. «Elle est cette harmonie toujours unique, dit-elle, qui organise les éléments d’un lieu - humains et non humains - de façon à permettre l’épanouissement de chacun.» D’où son mot d’ordre: «plus de confort, moins de design».

Le confort dans la simplicité
«Autrefois, les intérieurs, pourtant peu luxueux en apparence, étaient très confortables, explique-t-elle. Lorsque je visite une ancienne demeure, je ressens une impression de luxe alors qu’il n’y a, en réalité, rien de luxueux dans les détails. Je comprends ensuite que cette impression provient des pleins et des vides savamment ménagés et d’une austérité voulue mais finalement raffinée. Par sa valeur marchande, un tel intérieur peut être très modeste, Cela n’empêche pas qu’il est très luxueux parce qu’on s’y sent merveilleusement bien et qu’il a été construit avec simplicité et intelligence. Aujourd’hui, au contraire, les intérieurs sont dessinés pour nous et nous les acceptons tels quels parce que nous vivons dans un monde de confusion, de désordre, de masses, d’incohérence et de non-valeurs.»
Dominique Loreau ne croit pas aux intérieurs surchargés ni surtout aux intérieurs créés par des designers même très doués, mais souvent incapables de saisir, au-delà de l’esprit du lieu, l’histoire et «les légendes personnelles», comme dirait Paulo Coehlo, de ceux qui vont l’habiter. Elle croit que trop de design tue l’harmonie intérieure, qu’il étouffe le souffle et le rythme d’une vie familiale. Elle pense que l’accumulation d’objets - meubles, tableaux, ordinateurs, télés, tapis, rideaux - étouffe la petite musique de la sincérité et de l’équilibre. L’héritage du temps, en ce sens, disparaît derrière les idées, voire les prouesses, des designers.
S’alléger au maximum, cultiver la simplicité, refuser les fausses séductions du modernisme… Mais faire vivre son intérieur, au quotidien, au rythme des gestes et des tendresses qui transmettent des valeurs de paix et de sagesse.

La pleine conscience au quotidien
«Nous avons oublié ce qu’est un intérieur vraiment chaleureux, remarque Dominique Loreau. Une fleur sauvage dans un vase à l’entrée, à côté de l’éternel vieil imperméable pour les jours de pluie, le panier à provisions pour les courses dans le quartier, le bon vieux mug à thé près de la bouilloire, le carillon qui rythme les heures, un tapis lustré au fil des saisons, la plante grasse qui nous accompagne depuis des années… Tout ce confort un peu vieillot, jamais aucun magazine n’en fera l’éloge. Et pourtant, quoi de plus réconfortant, de plus reposant, lorsqu’on rentre chez soi? Ce sont ces objets qui nous invitent à une plus grande conscience du quotidien, du familier, de notre familier.»

François Valle