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N° 65 - Septembre-Novembre 2020 Consult a
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Marcheur exemplaire

Jean-François Duchosal, l’éternel pèlerin

Il est parti de chez lui, au Grand-Saconnex, puis est allé à Jérusalem à pied.

Jean-François Duchosal

Il a aussi fait à plusieurs reprises le pèlerinage complet de Compostelle, la dernière fois pour ses 80 ans, il y a quatre ans. Ancien commandant de la sécurité à l’aéroport de Genève, le colonel Jean-François Duchosal demeure plus que jamais, à 84 ans, un pèlerin obstiné qui marche au moins deux ou trois heures chaque jour.

Il a la foi catholique et la confiance ancrées au corps. Il a déjà fait beaucoup fait, mais il est toujours en quête, avec cette idée que rien n’est fini et qu’il faut impérativement relancer les dés, chaque matin que Dieu fait et nous offre. A 84 ans, Jean-François Duchosal est toujours un jeune homme qui a des étoiles dans les yeux, une espèce d’enthousiasme et des envies qui vont dans tous les sens. Il a beaucoup donné, déjà, mais ne pense qu’au futur, au prochain matin.

Une vocation

Ancien responsable de la sécurité de l’aéroport de Genève, puis soutien et ami de l’abbé Pierre à Genève, il a découvert à 65 ans, date officielle de la retraite dont il me voulait entendre parler à aucun prix, cette aventure insensée et jamais terminée qu’on appelle le pèlerinage. Jean-François Duchosal a commencé à marcher et il n’a plus jamais cessé de marcher. A 84 ans, après des problèmes de santé en fin d’année dernière qui lui ont valu quelques semaines d’hôpital, il a recommencé sa vie de pèlerin. Chaque matin il se lève, chaque matin il repart à la découverte de la vie, des sensations, des émotions. Un lièvre dans un champ, un champ de blé, des rencontres avec des marcheurs, le bruit tendre et apaisant de la rivière, la douce fatigue qui le rattrape parfois et qui lui donne le sentiment de la vraie vie…

De Jérusalem à Genève

Jean-François Duchosal a marché au loin, c’est un pèlerin du grand large. Quand l’abbé Pierre lui a suggéré en 2007 d’aller à pied jusqu’à Emmaüs, ce village du désespoir absolu puis de l’espoir mystérieux, à côté de Jérusalem, il a pris son bâton et il a commencé à marcher, pas à pas, pas après pas, avec ce sentiment plus fort que tout que la vérité guidait ses pas. 5000 kilomètres de labeur, de fatigue, de douleur, de questionnement, de spiritualité. Et puis ensuite, des pèlerinages non-stop, çà et là, à Compostelle, à Lourdes, à Saint-Maurice, à Notre-Dame de Paris. Pourquoi marcher? Pourquoi reprendre le chemin chaque matin? Pourquoi imaginer que la route, chaque jour, va dire quelque chose et qu’elle va délivrer un message d’humanité et d’amour?
L’année dernière, Jean-François Duchosal s’est rendu compte qu’il avait marché beaucoup dans le monde entier et il s’est dit que, peut-être, il devait marcher pour une fois près de chez lui, avec ses voisins, ses amis, ses proches. Il s’est dit que si le vaste monde était attirant, le monde d’ici, le monde d’à côté, avait lui aussi ses valeurs, ses vertus. Il a alors marché 500 kilomètres en Suisse, de Rorschach à Genève, du 23 avril au 11 mai 2019, pour ressentir cette force et cette énergie qui ont donné naissance à la Suisse.

Chaque matin qui se lève est un bonheur

Pourquoi la vie? Pourquoi le mouvement? Pourquoi avoir envie, chaque matin, de vivre pleinement sa journée? Jean-François Duchosal habite au Grand-Saconnex, à cinq minutes à peine de l’aéroport dont il assuré la sécurité pendant plus de vingt ans. Que fait-il en se réveillant? Il a envie de vivre! Il a envie de marcher, de regarder les livres ou les oiseaux, de regarder les champs! «Je marche près de chez moi, dit-il, dans les bois de Versoix. C’est magnifique! Il y a la rivière, le chant des oiseaux. Je marche en toute liberté, en écoutant les sensations de la vie. Je vois des animaux, je croise des promeneurs, je médite sur le sens de la vie… Le plus important, c’est de marcher. Il faut continuer à être dans un esprit de quête, dans une envie de comprendre la vie…».

François Royan